Au XVIIIe siècle, des propriétaires terriens anglais vont jusqu’à détourner des rivières entières pour contester la symétrie imposée par les standards continentaux. La France, elle, codifie dans ses traités des principes d’alignement si stricts que le moindre écart devient objet de débat académique.
Les codes de conception diffèrent à tel point qu’un chemin de traverse, toléré outre-Manche, serait inconcevable à Versailles. Pourtant, les deux approches coexistent, chacune revendiquant l’excellence et la légitimité de ses choix.
Deux styles de jardins, deux philosophies : comprendre l’esprit français et anglais
Impossible de confondre ces deux mondes végétaux. Le jardin à la française affiche sa rigueur. Il incarne l’ordre, la volonté de tout maîtriser. Né à la cour de Louis XIV, ce style glorifie la puissance par la géométrie. Les parterres s’alignent, les allées tracent des axes droits, chaque perspective est calculée au millimètre. L’architecte-paysagiste ne laisse rien au hasard. André Le Nôtre, figure emblématique, a fait de Versailles un manifeste du classicisme. Les bosquets, les miroirs d’eau parfaitement dessinés, les broderies de buis témoignent de cette obsession : dompter le vivant, modeler l’espace comme une sculpture.
En face, le jardin à l’anglaise s’impose comme un manifeste de la liberté. Dès le XVIIIe siècle, il privilégie la surprise, le naturel, la diversité. Les pelouses ondulent, les massifs de fleurs dessinent des contours flous, les arbres s’élèvent sans entrave. Ici, chaque détail invite à la promenade. La perspective laisse place à la découverte, à des points de vue inattendus. L’inspiration vient des paysages sauvages, de la peinture romantique, de cette envie de marcher au hasard, en quête d’émotions.
Pour bien cerner ce qui distingue ces deux visions, voici les traits qui les caractérisent le plus :
- Le jardin à la française : symétrie, perspective, maîtrise.
- Le jardin à l’anglaise : irrégularité, naturalisme, créativité.
Au fond, c’est toute une vision du monde qui s’exprime : en France, l’art du jardin affirme l’autorité, alors qu’en Angleterre, la quête d’harmonie avec le paysage prime. L’histoire des jardins raconte ce dialogue permanent entre deux philosophies.
Qu’est-ce qui distingue vraiment un jardin à la française d’un jardin à l’anglaise ?
Dans un jardin à la française, chaque détail obéit à une logique stricte. La symétrie gouverne l’ensemble, les axes visuels organisent la vue, rien ne dépasse. Sous l’impulsion de Louis XIV, les bosquets, les allées, les bassins se répondent avec une précision extrême. Le regard est guidé, invité à suivre des lignes droites, à admirer des parterres brodés et des reflets parfaits. Ici, la main de l’homme façonne la nature, la transcende, la pousse à se plier à sa volonté. À Versailles ou à Vaux-le-Vicomte, l’architecture végétale règne. Même la lumière s’incline devant l’ordonnancement minutieux.
À l’inverse, le jardin à l’anglaise cultive l’imprévu et la diversité. Inspiré par les paysages naturels dès le XVIIIe siècle, il privilégie les formes irrégulières. Les chemins serpentent, les massifs de fleurs sauvages s’épanouissent sans contrainte. Le promeneur se laisse surprendre : au détour d’une pelouse, une clairière, un miroir d’eau, une folie romantique surgissent. Les éléments décoratifs, ruines, ponts, petits pavillons, ponctuent le parcours et invitent à la rêverie. Ici, la monotonie n’existe pas : la surprise, le contraste, la diversité sont recherchés et valorisés.
Voici ce qui les différencie le plus nettement :
- Jardin français : géométrie, topiaires, maîtrise absolue.
- Jardin anglais : sinuosités, liberté, alliance du végétal et du décor.
Le parc paysager anglais s’inscrit dans le paysage, efface les frontières, alors que le jardin français affirme sa présence, trace ses limites, impose l’ordre. Deux conceptions bien distinctes de la relation entre nature et homme.
Entre symétrie et liberté : zoom sur les caractéristiques majeures de chaque style
L’art du jardin se joue dans les détails. Du côté du jardin à la française, tout est affaire de rigueur : chaque haie est taillée au cordeau, les parterres géométriques se déploient avec une régularité sans faille, les perspectives sont tracées pour impressionner. Broderies de buis, allées de gravier, bassins aux reflets maîtrisés : tout s’aligne, tout répond à une logique presque mathématique. Le but : affirmer la puissance humaine, transformer l’espace vert en œuvre d’architecture vivante.
À l’opposé, le jardin à l’anglaise laisse la place à la spontanéité. Ici, la liberté de composition prime. Les chemins ondulent entre massifs de fleurs et pelouses vallonnées, les plantes s’associent sans ordre rigide. On recherche une impression de nature apprivoisée, jamais contrainte. Les formes irrégulières dominent, la diversité végétale s’exprime pleinement. Le regard circule librement, s’arrête au hasard d’un bosquet, d’un point d’eau, d’une zone ombragée.
On peut résumer les principales caractéristiques ainsi :
- Jardin à la française : structure, ordre, répétition des motifs.
- Jardin à l’anglaise : diversité, fluidité, accent sur la palette végétale.
Les spécialistes de la revue de l’art jardins notent l’influence de ces styles dans la création des espaces verts, aussi bien à Paris qu’en province. Les œuvres conservées à la BNF témoignent de cette évolution : entre la tradition formelle française et la poésie sauvage anglaise, la conversation se renouvelle sans cesse.
Quel jardin pour vous ? Conseils pour choisir selon vos envies et votre espace
Choisir son style de jardin, c’est choisir une atmosphère, une façon de vivre l’espace. Avant de tracer la moindre allée ou de planter la première vivace, quelques questions s’imposent : quelle ambiance voulez-vous offrir à votre jardin ? Un jardin à la française met en avant la rigueur, la répétition, la structure. Il convient particulièrement aux vastes parcelles, aux terrains réguliers, à ceux qui aiment tout organiser. Ce style réclame un entretien suivi, qui implique notamment :
- taille fréquente des haies,
- gestion des perspectives,
- répétition des motifs.
Le jardin à la française évoque l’élégance des grandes propriétés, des châteaux comme Versailles, reflet du goût de la France classique.
Le jardin à l’anglaise s’adapte sans réserve aux terrains accidentés, aux zones humides, à ceux qui rêvent d’abondance végétale. Ici, laissez les contours se dessiner librement, multipliez vivaces, arbustes, arbres d’ombrage, zones sauvages. L’entretien est plus souple : le paillage, la coupe raisonnable, l’accueil des insectes et oiseaux prennent le dessus. Ce style s’épanouit aussi bien dans des grands espaces que sur une parcelle urbaine, pourvu que l’on recherche une impression de nature librement composée.
Un dernier conseil : réfléchissez au temps dont vous disposez. Le jardinage à la française exige rigueur et régularité, tandis que l’anglaise tolère davantage les variations et les surprises du vivant. Adaptez votre style à la réalité du sol, à l’exposition, à l’ambiance que vous voulez créer. Structure ou liberté, tradition ou originalité, chaque jardin raconte une histoire et dessine un art de vivre unique.
À l’heure où la pelouse s’anime et où les massifs se réveillent, il ne reste qu’à choisir votre camp : l’ordre qui rassure ou la promenade qui émerveille ?


